vendredi 27 février 2009

Premiers souvenirs (1966-1971)

Je suis né le 1er juin 1966 à l'hôpital de Salon de Provence, dans les Bouches du Rhône.
Pour autant, je n'ai jamais habité Salon, mes parents non plus, d'ailleurs, pas plus que mes deux frères.
J'ai toujours trouvé la question "où êtes-vous né ?" stupide.
La réponse dépend de la ville où se trouvait la maternité où votre mère a accouché et ne reflète en aucun cas votre lieu d'habitation.

Mes parents, Jean et Josiane, habitaient à Berre l'Etang.
Tout d'abord dans une ferme, perdue au bout d'un chemin, au milieu des champs de melons et des vignes, puis dans une HLM.

J'ai peu de souvenirs de la ferme à l'époque et pourtant, lorsque j'y suis retourné vers mes 11 ou 12 ans, la vision de l'escalier dans le hall d'entrée m'a semblée familière.

De l'appartement non plus, je n'ai pas de souvenir précis de l'époque.
J'y suis retourné vers 12 ou 13 ans par le plus grand des hasards. Le patron de mon père y habitait !
Là encore, j'ai ressenti une sensation de "déjà vu".


J'ai deux frères ainés : Claude, né en septembre 1952 et Frédéric, né en juillet 1956.
Ils sont mariés et ont cinq filles pour l'ainé et une fille et un garçon pour le second.

Je devais avoir 4 ou 5 ans lorsque ma mère m'a emporté sous le bras et que nous avons emménagé à Aix en Provence, accompagnés de ma grand-mère maternelle, Gilberte.
Mes frères étaient avec notre père ; je ne sais plus qui en avait décidé ainsi.

Maman venait de fuir mon père, après qu'il l'ait menacée d'un fusil de chasse, un soir où il était soul.
C'était la goutte d'eau qui avait fini par faire déborder le vase, les coups de poing sur la figure n'ayant pas suffi.

Mais le Jeannot était chasseur et rusé et ne tarda pas à retrouver la trace de la petite famille exilée.
L'ai-je vu ou me l'a-t-on raconté tellement bien ?
Un matin, il a coursé ma mère avec la voiture, montant sur le trottoir, tandis qu'elle attendait son car pour aller travailler.

Je revois ma mère et ma grand-mère transportant la table devant la porte d'entrée pour empêcher mon père d'entrer.
J'ai le souvenir (mais l'ai-je vraiment, ou me l'a-t-on raconté ?) de son doigt appuyé nerveusement sur la sonnette qui n'arrêtait pas de crépiter.

Je me souviens aussi du soir où il a laché mes deux frères sur le périf' et qu'ils sont montés à l'appartement, pieds nus.
Il devait encore être bien, ce soir-là.

Je me souviens du char d'assaut qu'il m'avait acheté.
Un jouet vert, téléguidé, qui tirait des flèches par le canon.


J'ai des souvenirs d'un appartement plongé dans le noir pour qu'il pense que nous n'étions pas là.
Chaque fois que je revois des images de ce lieu, il fait nuit et les lumières sont éteintes.

Je me souviens du jour où mon frère Frédéric est venu me chercher à l'appartement ; j'étais encore en pyjama, il venait me prendre pour faire un bisou à papa.
Ma grand-mère m'a laissé partir, la pauvre, trop effrayée à l'idée que mon père puisse monter à l'appartement; nous sommes restés plus de 24 heures dans la nature !
Et ma mère, pendant ce temps-là, prenait le train pour aller rencontrer son futur employeur à Rouen.
Il était bien sûr prévu que nous fassions le voyage à trois, cette fois-là, mais mon "kidnapping" en avait décidé autrement.

Maman était partie seule et mémé était restée à m'attendre.

Ah, Aix en Provence...
Je me souviens des "Quatre Dauphins".
C'était un petit supermarché et mémé m'y emmenait faire les courses.
Nous faisions le parcours à pieds et au retour, je mettais une plaquette de beurre dans le dos de ma tortue à roulettes que je trainais derrière moi.
Sa carapace était verte et la tête jaune.
Il me semble qu'il y avait un manège, devant le magasin.

Je me souviens aussi du parc.
J'y avais mon "dahu" !
C'était un jeu pour enfants où j'étais assis dans une charrette trainée par un cheval fictif ; un mécanisme à pédales et à chaine faisait avancer l'équipage.

Le sulky sur la photo lui ressemble fortement :


J'ai retrouvé une autre photo qui date de 1974, à Saint Jean de Monts :

Autre souvenir, un retour de balade avec mon père et mes frères.
Mon père m'avait acheté un jouet : un buggy qui marchait à piles. Il y avait aussi dans la boite un pont en plastique qu'il fallait assembler. Grâce à ses quatre roues motrices, le buggy grimpait sur le pont.
Ce jour-là, donc, nous étions tous les quatre dans la voiture. J'étais assis à l'arrière. Je ne sais pas pourquoi la dispute a éclaté mais je revois mon père jeter mon jouet par la portière et dire à un de mes frères : "vas le chercher, petit con !"

L'école primaire (1971-1977)

En octobre 1971, nous déménageons pour la banlieue rouennaise.
L'assistante sociale de l'usine avait aidé ma mère a obtenir sa mutation.
Nous sommes restés quelques mois dans la tour Minerve, à Saint Etienne du Rouvray.

Maman allait travailler avec le car et je restais avec ma mémé.
Un jour, elle m'avait acheté une voiture miniature.
En jouant, je l'avais cassée puis jetée à la poubelle de peur de me faire disputer !


Dans l'été 1972, nous avons quitté Saint Etienne du Rouvray pour habiter en centre ville de Rouen.

Nous avons passé une semaine à l'hôtel, "Hôtel de Normandie" et maman avait bien sympathisé avec la patronne, Madame Cabot et ses deux filles : Chantal et Virginie.
Le père, Camillo, se montrait plus distant.

Puis, nous avons emménagé dans un appartement en centre ville de Rouen, rue aux juifs, à cinquante mètres de l'hôtel.
C'était un F3, avec la salle coupée en deux par une cloison légère.
Dans la cuisine, il y avait des placards dans le mur mais, en fait, c'était des passe-plats qui communiquaient avec la pièce d'à-côté.

En septembre 1972, on m'a emmené l'école.
J'allais à l'école primaire Pouchet Graindor.
Que de larmes j'ai versées !
Je devais me sentir laché dans cet univers inconnu alors qu'on m'avait plutôt protégé jusqu'ici (surtout de mon père)
Je ne connaissais rien à rien, ni aux autres enfants, ni à la vie en communauté.
En plus, j'étais un extra-terrestre pour eux (et vice et versa !) : je venais du Sud de la France, avec mon drôle d'accent.
La maîtresse n'avait pas trois centimes de psychologie en poche et je me suis fait reprendre plusieurs fois parce que je prononçais pas les mots "à la Normande" !
C'est sûr, l'accent du midi, ça n'a rien à voir !
En plus, j'étais du naïveté "de blonde" :
Question de la maîtresse : "ou trouve-t-on du sucre ?"
Et bibi de répondre : "dans le sucrier" ! ;(

La première maîtresse, en CP, était bizarre.
Quand un élève ne savait pas répondre au tableau, elle lui baissait son pantalon pour lui taper sur les fesses !
Elle aimait bien aussi taper sur les cuisses des filles quand elles portaient des jupes courtes au printemps.
Une maman d'élève s'était révoltée du fait que son fils soit tout le temps cul nu !
Il s'appelait Etienne Poussier.

Je me souviens aussi d'un autre éléve, Frank Vallée.
Sa seule obsession semblait être d'embêter les autres.
Un jour, il était monté sur le dos d'un autre gars et lui bandait les yeux avec les mains, le guidant à la voix ; il l'a emmené direct contre un arbre !
Il avait fini par s'intéresser à moi et m'avait promis de mettre à terre.
Ce jour-là, j'ai passé toute la récréation du déjeuner collé aux deux maîtresses qui faisaient la va-et-vient sous le préau.

Pendant la récré, on jouait au ballon prisonnier ou aux billes, dans le bac à sable.
Certains amenaient des voitures dans leur cartable et les sortaient en douce pendant la classe pour les montrer aux autres !

Une année, deux filles étaient assises côte à côte vers le fond de la classe et s'étaient trouvé un amusement : elles disposaient leurs gommes et leurs crayons sur leur bureau, s'imaginant qu'il s'agissait d'une maison avec tables, chaises et personnages.
Un jour, tout est tombé ; elles ont protesté mais la maîtresse les a rappelées à l'ordre, disant qu'on était ici pour travailler et non pour jouer.
Ca leur a coupé l'envie de continuer !

Dans ces années-là, une grande réforme avait été mise en place à l'école primaire : les mathématiques modernes !
Je suis sûr que si j'en parle à maman, ses maux de tête vont lui reprendre.
Quel bazar, ce truc, avec les ensembles, les sous-ensembles, d'une couleur, d'une autre, pouah !
On apprenait aussi à compter en "base deux", par la magie de laquelle 1+1=10 ; pourquoi, 1+1=2, c'est pas bien ?
Ben non, ça ne devait pas faire assez "moderne" pour des mathématiques dignes de ce nom.
Je me revois avec des petits cubes en plastique à la main (non, non, pas des Lego !) qu'il fallait assembler entre eux pour faire... je sais plus quoi !
Mais ça devait être chouette, hein, quand on comprenait ce qu'on faisait.

Une année, je pense que ça devait être en CM1 ou CM2, maman m'avait payé des cours de maths privés.
Une jeune femme venait à la maison m'aider à comprendre des histoires d'équations à une ou plusieurs inconnues.
Je ne crois pas que ça m'ait beaucoup aidé à me désembourber le cerveau ni à avoir de meilleures notes dans cette matière, mais au moins nous avions essayé !
Je me souviens d'un jour où elle s'est pointée.
J'étais entrain de regarder "La croisière s'amuse" elle m'avait laissé voir la fin de cette épisode au cours duquel se dénouait l'intrigue entamée durant l'épisode précédent.
En fin d'année, elle m'avait offert un cadeau : un objet jaune monté sur ressort dans lequel on posait un stylo à la verticale.
J'avais déjà le même dans ma chambre mais j'avais joué le parfait hypocrite en la remerciant chaleureusement, pour ne pas lui faire de la peine !

Je me souviens aussi de la visite médicale.
A la fête foraine, j'avais gagné un poisson rouge, que mémé avait mis dans un bocal.
Cette petite bête n'avait jamais été réellement baptisée.
Le docteur de l'école me pose tout un tas de questions et me demande si j'ai un animal à la maison.
Je réponds que j'ai un poisson rouge et il me demande son nom.
"Ca varie", réponds-je.
"Savary ?" me dit-il, "en voila un drôle de nom !"
Et le poisson rouge s'est appelé Savary !

On m'avait demandé aussi de faire un dessin.
J'avais dessiné une falaise avec un bonhomme qui grimpait grâce à une corde suspendue au bout d'un crochet (comme dans les films quand les gangsters s'évadent de prison)
La seule chose qui intéressait le psychologue était de savoir comment mon bonhomme avait réussi à lancer le crochet aussi haut.
Je n'avais pas la réponse à cette question...

Je m'étais fait un copain, Loïc.
Ses parents tenaient un magasin de jouets sur le boulevard qui longeait la Seine.
Il avait un petit frère, Yannick.
Ils avaient une nounou qui venait les chercher à la sortie de l'école, Madame Tomaso.

Je crois que je suis plus souvent allé chez eux que l'inverse...
Il fallait prendre l'ascenseur pour monter à l'appartement, sonner et attendre qu'on vienne m'ouvrir ; je me mettais bien en face du judas pour qu'il me voie !
Il nous faisait à goûter : un mélange de semoule et de chocolat ; c'était très bon.
Il avait un circuit électrique Scalextric mais ne savait pas l'installer ; c'est moi qui avais réussi à brancher les manettes pour que tout fonctionne correctement.
On jouait aux billes en faisant un parcours depuis sa chambre, en passant par la salle et retour par le couloir.
Il avait un train électrique, aussi, installé sur une planche avec des montagnes, maisons, etc... Il me semble qu'il était dans l'arrière-boutique du magasin.
Si ça se trouve, il n'était pas à lui mais servait de démonstration pour les clients !

J'avais fait la réflexion un jour que tout au long des années d'école primaire, nous étions copains une année sur deux et on se bouffait le nez les autres années !
Je ne sais plus si c'était vrai, ni pourquoi.

Une fois, nous devions aller au cinéma ensemble mais j'étais arrivé en retard et la salle était pleine.
Avec son petit frère, ils m'avaient raconté tout le film après la séance !

Au fil du temps, nos chemins ont bifurqué ; je continuais à venir chez lui le mercredi après-midi mais je jouais avec son frère tandis qu'il faisait ses devoirs avec application.

Je m'étais fait une copine, aussi, Véronique Vassal.
Elle devait être un peu plus âgée que moi, en tout cas elle me dépassait au moins d'une tête en hauteur !
Pendant un temps, elle venait à la maison, nous faisions nos devoirs ensemble.
Un soir, on chahutait et un lapin en peluche a traversé la salle pour atterrir sur l'antenne de la télé !
Maman n'avait pas été contente et je crois que Véronique n'est plus venue.
Elle avait une passion pour les peluches et nous étions entrés une fois dans un magasin de jouets pour regarder le rayon.
Un jour, nous étions entrés dans un bazar, rue de la Tour St André.
Il y avait un peu de tout, accessoires de vaisselle, bibelots et des disques.
Nous avions fouillé dans le bac ou trainaient des 45 tours et j'avais flashé un disque sur lequel figurait, entre autres, une chanson de Hugues Aufray : "moi et mon camion".
J'avais dû l'entrendre à la radio et la chanson m'était restée dans la tête.
Véronique m'avait acheté le disque et maman avait été contrariée ; à vrai dire, je ne me souviens plus de la raison exacte...
Véronique avait une autre passion : Julie Bataille.
Je crois bien qu'elle la connaissait et elle chantonnait souvent sa chanson fétiche : "Tu es la plus belle".
Nous nous sommes perdus de vue à la fin de l'école primaire...

Quand il faisait beau, mémé m'emmenait au square, qui était en fait le parc de la bibliothèque municipale.
Il y avait un bassin avec des cygnes, des allées de graviers et des pelouses où il ne fallait surtout pas aller.
Puis, il y avait aussi des manèges : un tourniquet et une cage en tubes qu'on pouvait escalader.
Un jour, j'avais glissé du tourniquet en route et je m'étais ouvert le genou ; aïe !

Il y avait aussi un bac à sable ; on y jouait aux billes, on y faisait rouler des camions.
Une rumeur courait entre les enfants : le gardien du parc avait enterré des jouets et si on creusait très profond dans le sable, on trouverait des camions, des chars d'assaut !
Je n'ai jamais creusé...

Il y avait un autre parc, derrière l'église St Ouen.
Celui-ci était plus grand, je faisais du vélo dans les allées.
Un jour, deux gardiens m'avaient dit qu'il était interdit de faire du vélo ! Ils m'avaient fait peur !

Pendant un temps, j'avais une nounou qui me gardait à la maison.
Je nous revois jouer à la marchande avec une petite caisse enregistreuse en plastique.
Elle m'avait emmené au parc, un après-midi, mais m'avait laissé seul pour se bécoter avec son petit copain !

Il y avait un bassin et j'y avais emmené un bateau pour le faire naviguer ; un voilier, il me semble, que je retenais avec une ficelle.
Un méchant garçon m'avait fait lacher la ficelle et mon voilier dérivait au milieu du bassin...
Le gardien était allé chercher des bottes en caoutchouc et avait obligé le garçon à les mettre pour aller récupérer mon bateau. Bien fait !

Chaque année, il y avait la fête foraine, d'abord sur la place Boulaingrin et le boulevard qui la jouxtait, puis sur les quais au bord de la Seine ; le Maire avait décrété que la circulation automobile était trop affectée durant tout un mois et avait déplacé la foire. A l'école primaire, on nous distribuait des tickets pour monter sur les manèges ; il me semble aussi qu'on avait droit à une journée offerte par le Maire, mais le souvenir est imprécis.

Au début, j'y allais accompagné (mémé le mercredi ou maman le week-end) puis ensuite j'y suis allé seul.
Je passais beaucoup de temps à regarder tourner les manèges, les auto-tamponneuses.
J'observais les gens qui tiraient à la carabine, qui jouaient à la loterie.
Je devais bien faire un tour de manège de temps en temps mais très peu, d'après le souvenir que j'en ai.

Je me souviens qu'un jour j'y étais allé avec Virginie et qu'on était entrés dans la maison fantôme.
Enfin, je ne sais plus le nom, mais il fallait se déplacer sur un tapis roulant, puis des rouleaux, puis un sol en mouvement, etc.
J'étais dans une période où je ne voulais pas porter les lunettes de vue qui m'étaient portant assez indispensables et la traversée de cet endroit fut pour moi problématique car des pièces étaient dans le noir et sans mes lunettes, en plus, je n'y voyais que dalle !

Un jour, encore, un type tirait à la carabine dans un stand où il fallait couper un filin qui retenait un cadeau (autoradio, télé, mini-chaine) ; si le filin cassait, on gagnait le cadeau.
Pour s'aider à viser juste, le mec avait le coude appuyé sur la boite d'une mini-chaine et le patron du stand le faisait remarquer à chaque personne qui passait dans l'allée "regardez, monsieur a déjà gagné une mini-chaine, venez tenter votre chance !"
Sauf que lorsque le gars en a eu marre de gaspiller son argent, il est reparti et n'a pas emporté la boite vide qui lui servait juste à s'appuyer !

Une fois, avec maman, nous nous étions laissés tenter par un stand alléchant "les liliputiens qui travaillent dans une usine" !
Il fallait bien qu'on entre pour se rendre compte qu'il s'agissait en fait d'automates !
L'ensemble faisait un peu "pauvre", elle n'en avait pas eu pour son argent.


C'était mémé qui m'emmenait à l'école et revenait me chercher.
Un matin, nous sommes partis tellement vite (et en retard ?) que je me suis rendu devant la porte de l'école que j'avais oublié mon cartable !
Je crois bien que je n'ai pas voulu rester seul à l'école et nous avons refait le parcours tous les deux !

Un jour, elle a fait une chute et s'est tordu la cheville ; elle ne pouvait plus m'accompagner.
C'était Chantal et Virginie qui étaient chargées de m'emmener.
Un jour, j'étais en retard pour partir à l'école.
Je suis allé jusqu'à l'hôtel, mais les deux filles étaient déjà parties, elles ne m'avaient pas attendu.
J'ai flairé la bonne affaire et je suis passé au loin, comptant bien rentrer à la maison.
Mais leur père devait me guéter et c'est lui m'a emmené. Grrrr...

Un jour, en août 76, nous sommes allés à la plage, à Deauville (ma chère !) dans leur 604 grise (ma chère, bis !)
J'entends encore la réflexion de Madame Cabot : "lache-là, ta mère, tu vas pas la perdre"
C'est vrai que ma main s'aggripait à sa jupe...

Le mercredi après-midi, je prenais des cours de danse, Place des Carmes.
Je crois que c'est Virginie qui avait commencé et qui avait besoin d'un cavalier.
On apprenait le rock, le tango, la valse, le twist.
C'était un peu guindé (mocassins et parquet en bois)
En fin d'année, il y avait un concours au Havre, puis à Paris.
On m'a raconté que j'avais fait de la peine à Virginie parce qu'au dernier moment, je ne voulais plus y aller ! Et elle qui avait acheté une robe exprès pour l'occasion !
Nous avons quand même participé et ramené une médaille.




Sur place, j'étais le seul à ne pas aller aux vestiaires.
Tous les autres enfants avaient leur costume de concours à part mais moi j'étais venu en tenue.

A l'entrée au collège, j'ai arrêté les cours parce que j'allais en classe le matin. Il fallait bien qu'il me reste un peu de temps pour faire mes devoirs... et jouer.

Maman avait aussi une collègue de travail, Odile, qui était mariée à Daniel ; ils avaient une fille, Stéphanie, qui devait avoir à peu près mon âge, puis, en 1976, un petit garçon, Aurélien.
Maman m'a raconté que là haut, dans le nord, on ne s'invite pas chez les gens "à la bonne franquette", comme on pouvait le faire dans le Midi.
Non, il fallait recevoir une invitation, ou en envoyer une.

De temps en temps, le dimanche, donc, nous étions invités chez Odile et Daniel, ou ceux-ci venaient à la maison.
Au début, ils habitaient un appartement à Déville les Rouen, puis ils avaient fait construire une maison à côté de Roumare, à Saint Pierre de Varengeville.
Il y avait une grande pelouse où on pouvait jouer au ballon et une balançoire, mais j'avais peur quand on me poussait trop fort !
On faisait aussi du vélo sur les petites routes.
Stéphanie m'avait appris a coincer un morceau de carton sur la roue avec une pince à linge ; quand on roulait, ça faisait du bruit !
On s'amusait de peu choses, à cette époque-là.

Une fois, Stéphanie est venue passer les vacances à la maison.
Nous devions avoir 7 ou 8 ans.
Au début, pour craner, j'avais dit qu'on prendrait notre bain ensemble ; le jour dit, je me suis dégonflé, mais pas elle !
Elle s'est déshabillée devant moi, dans la salle, avant de plonger dans la baignoire !
Plus tard, j'ai tenté de retrouver des souvenirs de cette scène mais je pense que j'avais rien vu, en fait, j'étais trop timide pour regarder !

Elle m'avait fait tourner en bourrique ; elle voulait jouer à mon circuit de voitures, mais le temps que je l'installe, elle n'avait plus envie. Grrr...


En 1973, après son service militaire dans les parachutistes, mon frère Claude est venu vivre avec nous.
Il m'énervait parce qu'il se levait tard pour aussitôt s'allonger sur le canapé !
Il prenait son rôle de chef de famille très au sérieux.
A l'heure dite, il tapotait sur sa montre pour me faire comprendre qu'il était l'heure d'aller au lit.

Le mardi soir, j'avais le droit de regarder le film à la télévision parce que je n'avais pas école le lendemain.
Il n'y avait que trois chaines mais il arrivait quand même que nous ne soyions pas d'accord sur le programme à regarder.
Chacun alors écrivait son choix sur un morceau de papier que nous mettions dans un chapeau ; l'un de nous tirait un papier au hasard, décidant du programme à regarder.

On me laissait aussi regarder la télévision le dimanche soir, lorsque la première chaine diffusait un film que je pouvais regarder.
J'ai ainsi découvert quelques films avec Louis de Funès.
Je me souviens du générique annonçant le début du film et avant que TF1 ne le remplace quelques années plus tard, ça me faisait un drôle d'effet de l'entendre à nouveau.

Quelquefois, lorsque je regarde un film de cette époque-là, il me revient encore ce sentiment étrange lorsque apparait la séquence finale.
Ce sentiment que le week-end et le dimanche sont terminés, qu'il faut aller se coucher et que demain il va falloir aller à l'école et que je n'aime pas ça.
Ce sentiment que tout est passé trop vite et que je n'ai pas eu le temps d'en profiter.

Je n'aimais pas non plus les fins de dimanche après-midi, lorsqu'arrivait 16h30 ou 17h00, que le soir commençait à arriver et que tout allait se précipiter : le bain, le repas, puis le coucher, puis l'école.

Le dimanche, on regardait Jacques Martin (Le petit rapporteur, L'école des fans) puis maman faisait des crèpes, ou sortait les petits gâteaux achetés le matin à la patisserie.

Avec maman, nous allions à la Forêt Verte.
Elle mettait mon vélo pliant dans le coffre de la voiture et j'allais pédaler entre les arbres.

Plus tard, quand j'ai eu mon skate-board, nous allions jusqu'à un centre commercial, fermé le dimanche, et je faisais rouler ma planche dans les allées bétonnées.


Je faisais aussi du vélo.
Maman m'avait acheté un vélo pliant à Manufrance, un magasin au bout de la rue du Gros Horloge, à l'angle de la rue Thiers.
Quand on est sortis du magasin, je tenais mon vélo à la main, j'avais peur de monter dessus !

Il m'est arrivé de rouler avec dans les rues de Rouen, le dimanche matin, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de circulation automobile.

Un jour, mémé m'avait emmené faire du vélo Place de la Calende, à côté de la cathédrale.
Je pédalais sur mon petit vélo blanc et un autre gamin a croisé ma route alors que je ne m'y attendais pas et plaf ! Ce fut le choc !
Plus de peur que mal, heureusement !


En 1977, mon père exprime le désir de me prendre pour les vacances d'été.

C'est mon frère Claude, qui était retourné à Berre, qui devait s'occuper de moi pendant tout le mois de juillet.

J'ai en tête le souvenir atroce de ces derniers instants à la maison quand on a sonné à la porte.
Je savais que j'allais devoir partir, j'étais en larmes, je suppliais maman de ne pas ouvrir mais comment pouvait-elle faire ?
"IL" était en bas, il attendait, il me voulait et si elle n'accédait pas à sa volonté, qu'allait-il faire ?
Il allait sûrement monter, s'énerver, camper en bas de l'immeuble, leur mener la vie dure, il vallait autant qu'il s'en aille le plus vite possible.

Mes frères sont venus me chercher, nous avons retrouvé mon père dans la rue et je les revois, tous les trois, avec leurs sabots aux pieds !

Nous sommes partis dans la R16 blanche de Claude et durant tout le trajet, j'imaginais quel serait le moment le plus propice pour moi d'ouvrir la portière et de partir en courant pour leur échaper.
Nous avons dormi à Clamecy, chez mon grand-père paternel, Léon, sourd comme un pot.

Au matin, en larmes, je dis à mon père que je veux rentrer.
Mais mon frère Frédéric avait un travail où on l'attendait lundi et on ne pouvait pas rebrousser chemin.
On allait donc continuer le voyage et si ça se passait mal, mon père m'avait promis de me ramener ; j'allais mieux.

J'ai donc passé le premier mois avec mon frère, qui logeait au Café de la gare, tenu par Suzanne.
Il faudra que je reparle de Suzanne.

Le premier souvenir qui me vient de l'Hôtel de la gare, c'est la penderie en plastique à côté de laquelle était installé mon lit.
Vous savez, ces penderies transportables faites d'une structure en fer habillées d'une toile rigide, un peu comme un rideau de douche.
Je voyais des monstres, sur cette toile !

Je me souviens aussi du lavado, dont le pied était cassé ; des valises empilées l'aidaient à rester à peu près à l'horizontale.

Je me souviens de la télévision, dont on changeait les chaines avec un bouton rond.

Je ne sais plus à quel moment c'est parti en live.
Enfin, pour ma mère.
Pour moi, tout allait mieux.

Je ne pleurais plus, je ne réclamais plus mon feuilleton que je ne ratais sous aucun prétexte lorsque j'étais à Rouen et puis, bonheur suprème, je m'étais découvert un père conducteur de camions !

C'est ainsi donc qu'au lieu de rejoindre ma mère pour les vacances à la campagne, j'ai passé le moins d'aout avec mon père, dans son camion.
Ah, il était le loin ce jour maudit où je chialais tout ce que je pouvais pour ne pas partir !
Maintenant, je ne voulais plus rentrer !
La bonne blague !
Là-bas, on mangeait quand on voulait, on n'était pas obligé de se laver ;)), la belle vie, quoi !

Aussi, l'année d'après, ma mère a serré la vis.
Pan ! Colonies de vacances !
A Gavarnie (le cirque)

Sur le papier, le deal était jouable, je partais avec le fils d'une collègue de travail, une sorte de chaperon, j'étais en confiance.

Sauf qu'arrivés sur place, le maton, heu, non, le moniteur a fait l'appel et le petit Laurent est parti dans sa chambre avec son copain et moi, je me suis retrouvé tout seul, comme un con, avec ma valise !
Je m'étais fait rouler !
Je me voyais déjà empoigner la valoche et repartir à pieds, les yeux embués de larmes !
Mais le moniteur a appelé mon nom, on m'a mis dans une chambre et j'ai subi.

A moi les joies de la vie en communauté, avec un voisin de lit qui me mordait le bras, à moi les joies des petits-déjeuners à base de semoule (beurk !) et à moi les joies des balades à pieds ; c'est bien les balades à pieds, mais tous les jours, c'est chiant.

On nous a même emmenés camper.
Je ne me souviens plus le nom de mon voisin, mais je sais que j'ai eu son genou coincé dans le dos toute la nuit !

Et les rivières !
Y avait plein de rivières, là-bas, et jamais de pont !
Et moi, j'avais peur de traverser la rivière en sautant de caillou en caillou !
Et au plus j'avais peur, au plus je tombais à l'eau.
Une seule fois, quand même, n'exagérons rien.

On nous emmenait aux douches (j'en avais besoin, je vous raconterait peut-être plus tard) qui n'étaient pas mixtes mais en fait une seule entrée permettait d'accéder aux douches des garçons à gauche et aux douches des filles à droite.
Ce jour-là, j'avais flashé sur une petite mignonne de l'autre côté du couloir. Je me souviens qu'elle avait un bras dans le plâtre.
Peut-être que si j'étais allé lui parler...

En tout cas, certaines ont vu mon kiki !
Pris d'un coup de folie, je m'étais mis à danser à poil après la douche pendant que les filles sortaient des leurs !
Pourtant, je n'avais rien fumé, je le jure. Peut-être avait-on mis un truc dans ma semoule ?

Un jour, on nous annonce qu'on va jouer aux 24 heures du Mans.
Et moi, naïf comme le poussin qui sort de sa coquille, je m'imaginais déjà qu'on allait nous mettre dans des voitures !
Pfff, tu parles, on a poussé pneus tout l'après-midi ;(

Et le spectacle de fin d'année ?
C'est bien ça, le spectacle de fin d'année.
J'aurais pu faire mes premiers pas sur une scène, devant un public !
Et bien non, j'étais un des dix couillons qui jouaient le rôle du dragon, planqués sous une toile.

Et le repas de fin de colo ?
Bien, le repas.
Et bien non, il manquait une chaise et devinez qui a dû partager un tabouret avec un autre malheureux ?
Et bien oui. Il fallait que ça tombe sur moi.

L'année d'après (ou la même ?), colo à nouveau, au ski, cette fois, toujours avec Laurent Fleury.
Mais qu'avais-je donc pu faire de si terrible ?
Je me revois sur le quai de la gare, attendant le train pour la Suisse avec le reste du groupe et je me suis fait cette réflexion : "comment se fait-il qu'ils soient heureux de partir ?"
Moi qui était à deux doigts de pleurer...

Une fois sur place, il a bien fallu faire du ski ; pour les pâtés de sable, c'était rapé.
Le pire, c'était le tire-fesses.
On m'avait tellement dit qu'il fallait garder ses skis parallèles que j'en étais crispé et que je ne finissais par tomber !
Il ne faut rien me dire, à moi, il vaut me laisser faire !

Un jour, le moniteur pose la question qu'il a dû regretter toute sa vie "est-ce qu'il y en a qui sont fatigués, qui veulent arrêter ?"
Un seul a levé la main, oui, un seul, moi.
Il y a des questions à ne jamais me poser !

Le retour a été mieux (forcément, quand on rentre, ça va mieux)
On a passé la nuit assis sur la couchette à se raconter des histoires, c'était génial !
Tout ça parce que je n'ai pas raconté l'aller.
J'avais une couchette (heureusement) mais à chaque fois que le train ralentissait, j'avais l'impression que j'allais tomber du couchage !

Il fallait prendre le bain, aussi, de temps en temps.
Ce soir-là, j'ai tout fait pour me faire oublier mais les monos avaient l'oeil.
Et hop, dans la baignoire !
Et l'autre qui a failli me noyer en me lavant les cheveux ;(

On allait à la piscine, aussi.
J'aurais bien voulu montrer que je savais nager, mais j'avais oublié mes lunettes de piscine à la maison et le chlore me faisait mal aux yeux.

Oui, je savais à peu près nager parce que j'avais pris des cours.
Le mercredi matin, j'allais à la piscine municipale et une dame m'apprenait à nager.
L'eau n'a jamais été mon élément, et ça s'est avéré tellement vrai qu'un matin, j'ai séché le cours.
J'ai préféré perdre mon temps dans les magasins !
A mon retour, mémé était étonnée que mes cheveux soient secs mais je ne me suis pas démonté : "aujourd'hui, on a appris à nager sans mettre la tête sous l'eau". Quel culot !

Je portais déjà des lunettes de vue, à cette époque.
Dans la chambre, composée de lits superposés, je m'étais retrouvé dans le lit du haut.
Avant de monter, je me mettais en pyjama et je posais mes lunettes sur la table au pied du lit.
Forcément, une fois que j'étais en haut, ceux du bas jouaient avec mes lunettes.
Le jeu terminé, je finissais par récupérer mes montures et c'est là que moniteur entrait et que j'avais droit à une réflexion parce que je n'avais pas laissé mes lunettes sur la table au pied du lit.
Humf ;(

Le collège (1977-1981)

En septembre 1977, j'entre au collège Camille St Saëns.
Je pensais y retrouver des copains que j'avais cotoyé à l'école primaire mais l'accueil fut plutôt froid.
J'étais censé manger à la cantine mais je préférais rentrer à la maison.
Il faut dire que, sans rire, j'avais deux rues à traverser pour faire le trajet.
Un jour, ça s'est su, forcément.
Maman payait la cantine et je n'y allais jamais. J'ai dû aller voir Madame le Censeur.

Après, je mangeais donc à la cantine.
Comme je n'avais pris le train en même temps que les autres, j'avais un wagon de retard.
Concrètement, après le repas de midi, on allait passer un temps à l'étude, ou le surveillant faisait l'appel.
Comme je n'étais pas là les premiers jours, je ne figurais pas sur la liste d'appel et comme j'étais timide, je n'étais pas allé rectifier la situation.
D'ailleurs, étais-je au courant qu'il me fallait le faire ? Peu importe.
Toujours est-il que le surveillant fait l'appel et ne cite pas mon nom, forcément. Moi, sachant pourquoi, je me faisais tout petit derrière mon bureau mais le mec à côté de moi n'arrêtait pas de me questionner (il devait le faire exprès, voyant ma gène) : "et pourquoi on ne t'appelle pas ?" "et pourquoi tu n'es pas inscrit ?" "et pourquoi tu ne vas pas le dire ?"
Je ne sais plus comment l'histoire s'est terminée.

Au début, à la cantine, c'était la foire à l'empoigne.
Ils n'ouvraient que la moitié de la porte d'entrée et tout le monde voulait entrer en même temps. C'était encore ces réfectoires avec les longues tables et les dames de service qui apportaient les plats sur des tables roulantes.

Plus tard, ils ont réaménagé en self-service.
On faisait la queue, on prenait son plateau, comme à la cafétéria.

Avec maman et mémé, on allait à la cafétéria, rue des Carmes.
Je n'aimais pas le restaurant.
Il fallait bien se tenir à table, pas faire de bruit et attendre qu'on nous serve ; c'était long.
A la cafétéria, on pouvait choisir ce qu'on voulait, choisir sa table aussi, manger à sa vitesse (pas besoin d'attendre entre les plats).
Le seul point délicat, c'était le portage du plateau.
Ce grand machin plus large que moi m'empêchait de voir où je mettais les pieds. Heureusement, on trouvait de la place de plain pied, il n'y avait pas de marches à monter. Ouf !
Après manger, elles prenaient un café.
Moi, j'avais fini de manger et je m'ennuyais.
Alors j'emportais de quoi jouer pour patienter.

Quand on passait la porte d'entrée du collège, le matin, on allait voir le panneau d'affichage fixé au mur dans la cour.
Il arrivait qu'on ait des bonnes surprises quand le tableau indiquait qu'une prof était malade !
J'avais remarqué que si je croisais les doigts pour que la prof ne soit pas là (de gym, au hasard, ou de maths si je n'avais pas fait mon devoir), ça ne marchait pas.
Par contre, les quelques fois où une prof a été absente, l'idée que ça lui arrive ne m'avait pas traversé l'esprit.
C'est con ? Oui, je sais.

A cette époque-là, la télé diffusait une feuilleton que j'adorais "Les jours heureux".
Je m'étais identifié à Fonzie et je m'habillais comme lui : jean et blouson de cuir noir sur un tee-shirt blanc.
Comme Fonzie, je chariais certains mecs et un, en particulier.
Un jour, il n'a plus apprécié la plaisanterie et m'a fait des menaces de castagne à la récré... J'ai tout arrêté.

Une année, au collège, je m'étais fait des copains.
On jouait au foot dans la cour pendant la pause déjeuner.
L'année d'après aussi, j'avais des copains de classe avec qui je m'entendais bien, mais ils ne mangeaient pas à la cantine ;(
J'errais, seul, dans la cour, pendant deux heures.
J'avais fini par adresser la parole à un gars comme moi, qui n'avait que son ombre pour lui tenir compagnie.
On se retrouvait après déjeuner et on parlait, de tout et de rien.
Idem l'année d'après. Je m'étais fait copain avec un mec de 6ème.
On s'asseyait sur un banc et on chantait des chansons de Renaud.
Une fois, je me souviens, je l'avais attendu parce qu'il passait au premier service et j'avais oublié d'aller manger !
Je suis passé le dernier, on n'était que tous les deux dans le réfectoire !
Un jour, on avait parlé de nos parents et quand il m'avait dit l'âge de sa mère, j'avais eu du mal à le croire, elle était tout juste plus âgée que mon frère aîné quand la mienne avait déjà presque 50 ans !

Au collège, on avait des cours de gym.
Je préférais encore les cours de maths, c'est dire.

Une saleté de prof m'avait obligé à monter sur la poutre. Je n'ai jamais compris ce que cela avait pu lui apporter.
Moi, j'avais eu la trouille de ma vie.
Il y avait une salle avec des agrès. Barres fixes, barres parallèles.
Il fallait absolument monter sur ces trucs, faire une roulade avant en se tenant à la barre. N'importe quoi.

Il y avait aussi le cheval d'arçon.
Il fallait courir, sauter sur un tremplin à ressort qui était censer m'aider à passer par dessus le cheval.
Moi, courir pour sauter sur un truc qui allait me faire décoller dans les airs ? Pas question !
Je me vautrais à chaque fois dans le ventre de l'animal.
Pendant ce temps-là, l'heure tournait et le calvaire allait forcément se terminer.

Je suis tombé sur un prof de gym qui voulait absolument me faire faire le poirier.
Ils m'avaient élu comme cobaille, ou quoi ?

J'ai passé un période où j'étais malade tous les lundis matin, le jour du cours de gym.
J'ai bien dû avoir des absences cinq lundis de suite.
Je ne sais plus comment ça s'est arrangé.
Ah si, peut-être que le beau temps était revenu et qu'on faisait des activités à l'extérieur. C'est une possibilité.

Ce qu'il avait de bien avec les cours de gym, c'est que les filles se mettaient en juste-au-corps.
J'en avais repéré une vachement mignonne, brune avec des cheveux mi-longs ; non, je ne lui ai jamais adressé la parole...

Un autre jour de la semaine, on allait au stade et on allait faire du foot.
Ah, le foot, toute une affaire d'homme, ça.
Et qui c'est qui ne savait pas jouer au foot ?
Cherchez pas.
Une fois, on m'a mis goal (j'étais goal ou arrière).
On m'a engueulé parce que le ballon est entré dans les buts.
Je me suis pas démonté, ce jour là : "Puisque tu es arrière, t'avais qu'à l'arrêter, toi, le ballon !"

Un jour, j'étais arrière latéral, et je tombais toujours sur le même mec qui montait vers moi avec le ballon au pied.
Il me dribblait et passait à chaque fois.
Je ne sais plus combien de fois il est passé, mais la seule fois où j'ai réussi à lui piquer le ballon entre les pattes, j'étais devenu "l'homme du match".
Il fallait bien que je devienne quelquechose, à un moment ou un autre.
Enfin, pour eux, moi, tout ce que je voulais, c'était qu'on me foute la paix.

On nous emmenait à la piscine, aussi, sur L'Ile Lacroix.
Ce jour-là, j'avais perdu le reste du groupe et j'étais le dernier dans les vestiaires.
Mon copain Laurent Aouzi m'attendait et lorsque j'ai été enfin prêt, nous sommes partis.
Dans notre tête (mais comment était-ce possible ?) la prof était parti devant avec les autres éléves, nous laissant seuls.
En cours de route, Laurent est rentré manger chez lui et moi je suis retourné au collège pour le repas de midi.
Une fois sur place, il a bien fallu se rendre à l'évidence : j'étais le premier de la classe à revenir dans l'établissement.
Nous pensions donc être en retard et partir les derniers mais pas du tout !
Le reste de la classe était je ne sais où et nous sommes partis avant eux !

Deux ou trois fois, nous sommes partis à vélo avec trois copains pour jouer au foot sur L'Ile Lacroix.
Maman avait descendu mon vélo du troisième étage sans ascenseur jusque dans le hall de l'immeuble (il était trop lourd pour moi).

Une année, mon père est venu me chercher pour les vacances de la Toussaint.
Il devait y avoir une fête familiale, un baptème ou une connerie comme ça.
Je crois que c'est cette fois-là qu'il était venu me chercher avec la 404 camionnette bleue de son patron.
Tant qu'on roulait, tout allait bien, mais pour dormir, on ne pouvait pas laisser ma valise dans la benne !
J'ai donc passé la nuit à essayer de dormir sur la banquette avant, coincé entre la valise sur ma gauche et la portière sur ma droite !
Et mon père ? Oh, lui, il aurait dormi n'importe où ! (on croirait entendre ma mère !)
Durant le trajet, mon père m'annonce qu'il m'a acheté une voiture.
Oui, oui, une vraie, qui roule et tout.
Quoi, je n'avais pas l'âge pour conduire ? Un détail !
Nous avons joué aux devinettes et j'ai fini par découvrir qu'il s'agissait d'une DS.
Arrivés sur place, nous étions allés voir la bête et il m'avait emmené faire un tour.
Seulement voilà, il fallait connaître mon père.
Pour lui, tout était fait du moment qu'il avait tapé dans la main.
Mais le vendeur de la-dite DS, lui, il espérait plus qu'une poignée de main, il voulait de l'argent, le saligot !
Et comme l'argent n'est jamais venu, je n'ai jamais eu de DS !
J'étais donc parti pour Berre mais si on sait bien quand on part, on ne sait forcément quand on revient !
Et justement, la date du retour manquait de précision tant et si bien qu'elle n'arriva pas à temps pour retourner au collège !
Je revois encore le sermon de mon frère aîné, pointant du doigt mon inconscience et mon manque de sérieux. L'atmosphère était lourde, ce jour-là...
J'ai bien fini par rentrer, je vous rassure (en avion, en voiture, en camion, sur des rollers ? aucune idée)
De retour au collège, ma petite escapade me faisait sourire du coin des lèvres ; elle ne faisait rire que moi !

Jusqu'à la troisième, j'avais traversé la période scolaire sans trop de turpitudes au niveau des notes.
Je n'étais jamais premier ni jamais dernier (enfin, je crois pas !) mais je restais dans une moyenne "moyenne", naviguant entre deux eaux et suivant mon bonhomme de chemin.
Ca s'est gâté en fin de troisième.
Maman carressait le secret espoir que j'aie mon bac mais mes notes moyennes ne me permettaient pas de suivre le rythme d'une seconde générale.
Il restait l'option du redoublement mais un autre choix fut fait : le BEP.
Nous avons donc épluché le catalogue des formations possibles en cherchant celles qui comportaient le moins de mathématiques.
Notre choix s'arrêta sur le BEP d'Agent Administratif, pour travailler dans les bureaux, comme maman.

Le lycée (1981-1983)

En septembre 1981, je fais donc mon entrée au Lycée Gustave Flaubert, sur les hauteurs de Rouen.
Fini le collège en face de la maison, il me fallait prendre l'autobus tous les matins.

Au début, je n'avais pas compris le fonctionnement des tickets ; je pensais qu'un seul ticket faisait pour l'aller et le retour.
Le matin, je compostais mon billet et le soir, je le retournais et le compostais à nouveau.
Jusqu'à ce que le chauffeur du bus remarque mon manège et me fasse remarquer qu'il me fallait payer deux fois.
Heureusement, je n'ai jamais été contrôlé !
Après ça, j'utilisais un ticket le matin et un autre le soir.

L'ambiance générale était tout de même meilleure qu'au collège.
Sans être très proches, j'avais quand même quelques copains avec qui il était agréable de discuter durant les récréations.
L'un d'eux m'avait prêté une cassette pour recopier une chanson et j'avais prêté un album de Renaud à un autre.

Le midi, je mangeais à la cantine mais fini la cafétéria du collège.
La salle se composait de tables de huit personnes que les femmes de service voulaient complètes.
Ainsi, même si nous étions quatre à vouloir manger ensemble et qu'il y avait quatre tables incomplètes, nous étions séparés pour boucher les trous.
Aujourd'hui, je comprends ce fonctionnement mais à l'époque, du haut de mes 16 ans, je le trouvais parfaitement injuste.
Un jour, par rebellion, nous avions quitté le lycée pour aller manger un sandwich au café du coin !

Il y avait effectivement un café pas très loin du lycée, le Chiquito.
On y jouait au flipper et à Space Invaders avant d'entrer en cours ou pendant les récréations.

Côté études (j'étais un peu là pour ça), ça n'était pas génial, c'est le moins qu'on puisse dire !
Certes, je me débrouillais plutôt bien dans certaines matières, genre français, anglais ou dactylographie mais il y avait aussi des cours de droit, d'économie, de mathématiques et de dessin et là... hélas.

Tout n'était donc pas aussi rose que prévu sur le papier - je rappelle que j'avais choisi cette voie à cause de mon faible niveau en maths - mais l'un dans l'autre, le bateau tenait la mer, malgré quelques voies d'eau. (tiens, je l'aime bien, cette métaphore ; je suis content de moi !)

En parlant d'études, j'ai oublié de dire qu'il y avait aussi des cours de sport. (aïe !)
Fini les agrès, heureusement, place au foot, à la course à pieds, au basket ; j'étais toujours aussi mauvais mais au moins, je n'avais pas besoin de me retrouver la tête en bas, c'était déjà ça !
Il y avait tout de même des cordes grâce auxquelles j'étais censé m'élever dans les airs ; oh j'arrivais bien à monter d'un mètre ou deux mais je ne suis jamais allé jusqu'en haut comme certains.
En parlant d'élévation, il y avait aussi l'épreuve du saut par dessus une cordelette tendue entre deux piquets avec réception sur un tapis épais.
On devait passer chacun son tour et celui qui venait de sauter prenait sa place derrière les autres et ainsi de suite.
Comme par hasard, j'étais toujours le dernier de la file mais le prof s'en apercevait et j'étais bien obligé de prendre mon élan pour aller me prendre les pieds dans la cordelette avant de me vautrer sur le tapis !

Un matin, nous arrivons au cours de sport et nous apprenons (comment ? je ne sais plus) que nous allons à la piscine.
Normalement, nous étions prévenus à l'avance mais il y avait eu un loupé.
Certains sont retournés chez eux chercher leurs affaires et d'autres, dont moi, se sont évanouis dans la nature.
En fait, j'étais parti avec mon copain Yannick qui était dispensé de piscine (le veinard !) ; nous étions allés chez lui et c'est là que j'ai entendu pour la première fois "Hotel california" !
L'affaire avait fait du foin (forcément !) puisque le prof m'avait déclaré absent et que j'avais dans un premier temps soutenu à ma mère que l'erreur venait de lui (ou comment me lancer du haut du précipice en me disant que quelqu'un va me rattraper ; n'importe quoi !)
J'avais bien entendu dû faire marche arrière, voyant bien que ma stratégie ne me mènerait nulle part et j'ai écopé d'une engueulade de mère (bien fait !) et d'une punition au lycée, dont je me souviens moins...

Parmis les évadés, il y avait Franck, qui était revenu avec un mot d'excuse de sa mère.
Je lui avais demandé comment il avait fait et m'avait répondu un truc du genre : "il fallait y penser avant" !

Nous avions une prof de secrétariat qui était tout le temps en retard.
La rumeur courait qu'elle officiait dans plusieurs établissements et qu'elle rencontrait des difficultés à se rendre d'un lycée à l'autre entre deux cours.
Un jour, nous avons patienté 1 heure (le cours en faisait 3 avec une récréation au milieu) puis nous avons pris la décision de partir.
Nous en avions le droit si la classe entière s'en allait et que le professeur avait dépassé 1 heure de retard. (c'est un autre Franck qui tenait ça de source sûre)
Bien évidemment, nous ne sommes pas sortis par la grande porte (pour croiser la prof, et puis quoi, encore ?) et nous avons fait le mur par l'entrée de service à l'arrière de l'établissement en escaladant une petite barrière.
Puis nous nous sommes éparpillés dans la nature, certains sont redescendus en ville en traversant le cimetière, toujours pour ne pas se faire remarquer !

Il me semble que nous avions fait une nouvelle tentative de ce genre avec la même prof un peu plus tard mais comme certains élèves n'étaient pas partis, les absents avaient été comptés comme manquants et nous avions écopé d'une heure ou deux de "colle".

En cours d'histoire, nous devions faire un exposé sur la ville de Rouen ; des groupes de deux ou trois élèves s'étaient constitués et je m'étais retrouvé isolé, je ne sais plus pourquoi.
Comme je l'ai dit plus haut, l'ambiance était plutôt bonne et je revois quelques élèves avec qui j'aurais pu m'associer ; bizarre...
Bref, toujours est-il que le prof n'y a vu que du feu (ou l'a-t-il fait exprès ?) et que je n'ai jamais été inquiété pour mon absence de travail sur ce devoir !

Il y avait aussi, évidemment, des cours de dactylographie.
Chacun avait une machine à écrire mécanique posée sur une table individuelle.
Sur certains postes, il fallait mettre des cales avec des bouts de papier, soit pour stabiliser la table, soit pour bloquer le capot de la machine qui jointait mal (à force d'être ouvert) et qui faisait un bruit désagréable lorsqu'on frappait. (oui, on "frappe" à la machine !)
Mon niveau était moyen, comme partout, j'avais tendance à frapper plus vite que mon ombre, et lorsque les doigts se mélangeaient les pinceaux sur les touches, le résultat sur le papier n'était pas génial !
J'utilisais alors les correcteurs, des petits bouts de papier qu'on glissait à l'endroit le faute et en refrappant la touche actionnée par erreur, une nouvelle lettre, blanche, cette fois-ci, recouvrait la première et effaçait la faute.
Mais, bien sûr, le résultat n'était pas parfait (on voyait bien la refrappe) et les notes s'en ressentaient !

Nous étions quatre garçons dans ma classe (pour 25 filles !) et je me souviens d'Eric, qui avait sa copine dans une autre classe (ils se bécotaient à la récré !), de Bruno, qui venait à vélo tous les jours et de Yannick, dont le père était gendarme.

Il y avait une autre gars, aussi, dans une autre classe, il me semble.
Il venait au lycée sur un vélomoteur qu'il trafiquait tout le temps et ce jour-là, il n'arrivait pas à faire démarrer sa machine.
Le taux de compression de son moteur était tel que la roue arrière ne tournait plus en roue libre ! Il fallait qu'il se couche sur la selle pour que son pneu aggripe au sol et finisse par entrainer le moteur pour le faire démarrer !

Un jour, il y avait grève des bus de la ville.
Et moi qui aurais dû sauter sur l'occasion pour rester à la maison, je suis allé au lycée en taxi ! Si, si, en taxi !
Et pourquoi donc ?
Pour un cours important ? Non.
Pour une jolie fille ? Pff, tu parles.
Non, pour le repas de Noël !
Je ne me souviens plus du menu, mais ça devait être quelquechose !

Une autre fois, il avait neigé.
Je crois bien que le bus était monté jusqu'au lycée le matin puis qu'on nous avait libérés en cours de journée (ou que je n'avais pas cours l'après-midi, je ne sais plus)
Toujours est-il que j'ai entrepris de rentrer à la maison à pieds.
C'est en bas de l'avenue que ça s'est gâté !
Jusque là j'avais réussi à descendre le boulevard en marchant dans le caniveau, vu que les trottoirs étaient verglacés, mais à cet endroit, ça formait une petite place et il n'y avait plus de trottoir, donc plus de caniveau !
Sans exagérer, je suis bien tombé au moins trois fois !
Je ne me suis rien cassé, heureusement, mais j'étais fou de rage !

J'allais donc au lycée en autobus, j'avais le choix entre la ligne 5 et la ligne 6.
Le matin, j'avais commencé par attendre à l'arrêt de l'avenue Jeanne d'Arc, au bout de la rue aux Juifs (où j'habitais)
Puis, je me suis rendu compte que lorsque le bus arrivait à cet arrêt, il était déjà quasi plein et que j'avais un mal fou à trouver une place.
Alors j'avais modifié mon parcours et mon heure de départ de la maison pour aller prendre le bus en bas de la rue Champmélé, c'est à dire trois arrêts avant !
Et du coup, le bus était moins plein !

Le soir, tout le monde attendait devant le lycée pour prendre le bus, qui du coup était bondé.
Avec des copains, on allait à pieds attendre le bus à l'arrêt d'avant, à cinquante mètres !
Finalement, tout le monde a fait pareil et ça ne servait plus à rien.
A la fin, je ne prenais plus le premier bus, celui qui était plein.
J'attendais des fois moins de cinq minutes et je prenais celui d'après, dans lequel j'étais seul ou presque !

A la fin de la deuxième année de BEP, j'allais passer mes deux examens, le BEP d'Agent administratif (avec les épreuves de droit, de comptabilité, d'économie...) et le CAP d'Employé de bureau (épreuves de secrétariat, dactylographie...)
Pour moi, la cause était entendue.
J'étais trop mauvais, surtout dans les matières à fort coefficient (maths, éco, droit) et j'allais louper mes examens.
Il restait la solution du redoublement mais il y avait un hic.
En effet, pendant que je faisais ma deuxième année de BEP ASA (Agent des Services Administratifs), ceux qui étaient entrés en première année préparaient un autre diplôme, qui remplaçait le mien mais auquel on avait rajouté une lettre magique, le "i" d'informatique, devenant ainsi le BEP ASAI.
Impossible de redoubler, donc ; redoubler quoi, puisque ma classe n'existait plus ?
Ma mère avait entrepris des démarches auprès du rectorat pour que je puisse redoubler quand même, mais mon trop faible niveau en maths ne m'aurait pas permis de suivre les cours.

Les épreuves m'ont réservé quelques surprises.
En anglais, je devais préparer un texte durant les vingt minutes qui précédaient mon épreuve orale puis, au final, mon examinatrice m'a posé des questions sur ma famille, en anglais bien sûr, et je m'en suis bien sorti !
En secrétariat, j'ai découvert une épreuve qui consistait à utiliser à reproduire un document à l'aide d'une machine à encre !
Comme je découvrais à la fois l'épreuve et la machine, c'est l'examinatrice qui a fait le devoir pour moi et qui m'a mis une bonne note !
En dactylographie, nous entrons dans la salle d'examens, je cherche mon nom scotché sur une table et je m'installe à ma place.
Surprise, lorsque j'ai soulevé la housse de protection de la machine à écrire ; c'était un truc énorme avec plein de boutons partout et qui fonctionnait à l'électricité ! Moi qui n'avais utilisé que des bécanes mécaniques !
J'ai gentiment exprimé mon désarroi et ma détresse et j'ai pu passer l'examen sur une machine que je connaissais mieux !
En gym, j'ai failli me noyer à la piscine (!) et j'ai eu une bonne note au saut en hauteur.
Et oui, je suis tombé sur un examinateur compréhensif qui a adapté l'épreuve spécialement pour moi et un autre élève ;  nous avons eu 20 sur 20 parce que nous avions franchi l'élastique placé à 50 centimètres !
Et tac !

Finalement, un beau jour, je suis rentré à la maison la tête basse et j'ai annoncé à ma mère que j'avais raté mes examens.
Elle n'a pas été tellement surprise de cette mauvaise nouvelle mais ne m'a pas cru lorsque je lui annoncé que je lui avais fait une blague !
Contre toute attente, en effet, toute la classe a obtenu son diplôme, même moi !
Pour les autres, je ne sais pas, mais pour moi, je suis persuadé qu'on me l'a donné au rabais parce que, justement, je ne pouvais pas redoubler.
Ils n'allaient pas nous laisser sortir comme ça sans rien dans les poches alors, par bonté d'âme, ils ont bradé le diplôme.
Cette idée n'engage que moi, bien sûr...

J'avais mes diplômes en poche mais, pour autant, je n'avais pas d'avenir.
Je m'étais renseigné sur les concours de l'administration mais il fallait connaître les Chefs-lieu de département par coeur !
J'allais donc poursuivre mes études.
Moi, poursuivre des études ? Quelle drôle d'idée... Mais bon, il fallait que je fasse quelquechose de mes dix doigts !
Restait pour moi à trouver une voie.
Deux options se présentaient : l'électronique et l'informatique, alors en plein devenir.

Il me semble me souvenir d'une histoire d'école privée avec des Bonnes Soeurs ; ma mère devait quitter son travail plus tôt, ce jour-là, pour qu'on y aille ensemble et puis, finalement, j'ai renoncé.

J'ai alors trouvé une autre école privée, "EFREI" : Ecole Française de Radio Electricité et d'Informatique (encore le "i" magique !)
J'y suis entré en 1983...

L'EFREI (1983-1984)

Ayant décidé de poursuivre mes études, je m'étais inscrit à "l'EFREI", Ecole Française de Radio Electricité et d'Informatique (et oui, le "i" magique d'informatique !)

Nous étions allés voir à quoi ça ressemblait avec maman, un jour où c'était fermé.
J'avais tenté de localiser la salle des tortures ; heu, de sport, mais n'en avais point trouvé.

En septembre 1983, j'entre donc à l'EFREI.
Changement de décor par rapport au lycée Flaubert, il y a plus de garçons que de filles !
Le secrétariat, c'est pour les filles et l'électronique, c'est pour les garçons !

Après un petit moment d'euphorie (14 minutes et 12 secondes) je dois rapidement déchanter : l'électronique, ça n'est pas seulement souder deux fils en cuivre avec de l'étain, il faut beaucoup de cours de maths avant d'en arriver là !
Et pas des maths modernes d'école primaire, non, du truc bien lourd, bien compliqué, surtout pour moi !
Et s'il n'y avait que des maths !
Electricité, dessin industriel, logique, mesure... et allez donc !
Dans quelle galère me suis-je donc fourré ?

Bon, pour le sport, c'est réglé, il n'y en pas !

En électricité, le prof paraissait vieux avec ses cheveux aussi gris que sa barbe.
Il faisait des schémas compliqués au tableau avec des résistances, des chiffres de partout ; je crois que s'il avait parlé chinois, ça n'aurait pas été pire !

La prof de maths n'arrivait pas à faire la loi dans sa classe.
Elle était toute jeune, la pauvre, pas très à l'aise et au plus elle criait pour qu'on se taise, au plus c'était le chahut !

Tous les jours, au moment de la récré, les portes de la cour s'ouvraient et un petit monsieur entrait avec sa 4l fourgonnette.
Il ouvrait la porte arrière et nous déballait son épicerie : bonbons, barres chocolatées, pains au chocolat, croissants !
Tiens, ça me donne faim !

En début d'année, il avait fallu acheter des fournitures ; des cahiers, chaque prof voulant le sien de telle manière qu'on ne puisse pas le confondre avec celui du confrère, les stylos qui allaient avec (il y en a un qui voulait qu'on n'écrive qu'au feutre !), des pinces (pour l'électronique) et un putain de maousse de compas Rotring, un machin qui avait dû coûter la peau des fesses ! (aujourd'hui, ça vaut encore 10 euros !)
J'avais quand même tiré un avantage de tout ça : maman m'avait acheté un fer à souder.
J'en rêvais depuis longtemps et j'allais enfin pouvoir bricoler mes rallonges électriques et mes casques pour écouter de la musique !
J'ai toujours ce fer et je m'en sers de temps en temps.

C'est dans cet univers que j'ai fait la connaissance de quelques phénomènes.
Il y avait celui qui venait à moto, genre "fils à papa", mais sympa quand même, le grand blond, qui se baladait avec un pistolet dans son sac (!), sympa aussi, heureusement, un autre, qui se curait les ongles pendant les cours et... Eric.

Il faudrait presque que je fasse une note spéciale pour Eric.
Il devait avoir mon âge, à un chouïa près, il était plus petit que moi et n'avait pas mué, il avait une petite voix fluette.
Il avait redoublé trois ou quatre secondes, disait-il, et voyait régulièrement un psy, toujours d'après lui.
Eric était là... sans être là.
Régulièrement en retard, quand il n'était pas carrément absent !
Il expliquait qu'il était arrivé à son arrêt de bus mais que, très absorbé par la lecture de son livre, il ne l'avait pas vu passer !

Il écrivait dans les marges de ses cahiers en lettres minuscules à peine lisibles et pourtant compréhensibles.

Un jour, en sortant de l'école, j'avais fait un détour par le Printemps, un grand magasin dans Rouen, cherchant Eric.
Je l'avais trouvé au rayon des livres, entrain de bouquiner.
Après une heure de bavardages, j'étais rentré manger.
Lorsque j'étais retourné au Printemps à 13h30, il était toujours là !
Ce jour-là, je l'avais trainé jusqu'à l'école !

Je l'aimais bien, Eric.
Il venait de Caen et habitait chez une logeuse.
Un soir, il était venu à la maison et nous voulions le garder à manger.
Il avait refusé "parce qu'il ne pourrait pas nous rendre la pareille" !

Nous étions allés ensemble au Monoprix, une fois ; sa logeuse lui avait demandé de remplacer la tête de lecture de son électrophone.

Un soir, on trainait dans Rouen et on tombe sur un gars de l'école.
Il nous arrête et me demande de l'aider à retrouver un magasin. Il y avait laissé son sac pour ne pas être encombré mais il s'était perdu dans les rues de la ville !
Je n'avais pas pu le renseigner, je ne connaissais pas ce magasin "Les fines bouches" dont il me parlait.
Il était reparti de son côté, espérant retrouver son chemin.
Lorsque nous sommes revenus au pied de mon immeuble avec Eric, celui-ci s'est rendu compte que le magasin en question était juste à côté de ma porte d'entrée !
Nous n'avons jamais rien dit à l'autre gars...

Malgré des notes catastrophiques (collection de 0, 1, 5...) mais grâce à la magie du chèque que maman signait chaque trimestre, je suis passé en deuxième année.

Au cours du premier trimestre, j'ai exprimé l'idée d'arrêter de suivre ces cours auxquels je ne comprenais rien.
Maman n'a pas accepté cette idée tout de suite, certainement parce qu'elle préférait me savoir dans une école plutôt que trainer dans les rues ou resté vautré devant la télé, mais à quoi bon ?

J'ai quitté l'école début décembre 1984, et il est temps que je fasse une rélévation : à l'EFREI, Ecole Française de Radio Electricité et d'Informatique, je n'ai jamais vu un ordinateur ! Pas banal, quand même !