En octobre 1971, nous déménageons pour la banlieue rouennaise.
L'assistante sociale de l'usine avait aidé ma mère a obtenir sa mutation.
Nous sommes restés quelques mois dans la tour Minerve, à Saint Etienne du Rouvray.
Maman allait travailler avec le car et je restais avec ma mémé.
Un jour, elle m'avait acheté une voiture miniature.
En jouant, je l'avais cassée puis jetée à la poubelle de peur de me faire disputer !
Dans l'été 1972, nous avons quitté Saint Etienne du Rouvray pour habiter en centre ville de Rouen.
Nous avons passé une semaine à l'hôtel, "Hôtel de Normandie" et maman avait bien sympathisé avec la patronne, Madame Cabot et ses deux filles : Chantal et Virginie.
Le père, Camillo, se montrait plus distant.
Puis, nous avons emménagé dans un appartement en centre ville de Rouen, rue aux juifs, à cinquante mètres de l'hôtel.
C'était un F3, avec la salle coupée en deux par une cloison légère.
Dans la cuisine, il y avait des placards dans le mur mais, en fait, c'était des passe-plats qui communiquaient avec la pièce d'à-côté.
En septembre 1972, on m'a emmené l'école.
J'allais à l'école primaire Pouchet Graindor.
Que de larmes j'ai versées !
Je devais me sentir laché dans cet univers inconnu alors qu'on m'avait plutôt protégé jusqu'ici (surtout de mon père)
Je ne connaissais rien à rien, ni aux autres enfants, ni à la vie en communauté.
En plus, j'étais un extra-terrestre pour eux (et vice et versa !) : je venais du Sud de la France, avec mon drôle d'accent.
La maîtresse n'avait pas trois centimes de psychologie en poche et je me suis fait reprendre plusieurs fois parce que je prononçais pas les mots "à la Normande" !
C'est sûr, l'accent du midi, ça n'a rien à voir !
En plus, j'étais du naïveté "de blonde" :
Question de la maîtresse : "ou trouve-t-on du sucre ?"
Et bibi de répondre : "dans le sucrier" ! ;(
La première maîtresse, en CP, était bizarre.
Quand un élève ne savait pas répondre au tableau, elle lui baissait son pantalon pour lui taper sur les fesses !
Elle aimait bien aussi taper sur les cuisses des filles quand elles portaient des jupes courtes au printemps.
Une maman d'élève s'était révoltée du fait que son fils soit tout le temps cul nu !
Il s'appelait Etienne Poussier.
Je me souviens aussi d'un autre éléve, Frank Vallée.
Sa seule obsession semblait être d'embêter les autres.
Un jour, il était monté sur le dos d'un autre gars et lui bandait les yeux avec les mains, le guidant à la voix ; il l'a emmené direct contre un arbre !
Il avait fini par s'intéresser à moi et m'avait promis de mettre à terre.
Ce jour-là, j'ai passé toute la récréation du déjeuner collé aux deux maîtresses qui faisaient la va-et-vient sous le préau.
Pendant la récré, on jouait au ballon prisonnier ou aux billes, dans le bac à sable.
Certains amenaient des voitures dans leur cartable et les sortaient en douce pendant la classe pour les montrer aux autres !
Une année, deux filles étaient assises côte à côte vers le fond de la classe et s'étaient trouvé un amusement : elles disposaient leurs gommes et leurs crayons sur leur bureau, s'imaginant qu'il s'agissait d'une maison avec tables, chaises et personnages.
Un jour, tout est tombé ; elles ont protesté mais la maîtresse les a rappelées à l'ordre, disant qu'on était ici pour travailler et non pour jouer.
Ca leur a coupé l'envie de continuer !
Dans ces années-là, une grande réforme avait été mise en place à l'école primaire : les mathématiques modernes !
Je suis sûr que si j'en parle à maman, ses maux de tête vont lui reprendre.
Quel bazar, ce truc, avec les ensembles, les sous-ensembles, d'une couleur, d'une autre, pouah !
On apprenait aussi à compter en "base deux", par la magie de laquelle 1+1=10 ; pourquoi, 1+1=2, c'est pas bien ?
Ben non, ça ne devait pas faire assez "moderne" pour des mathématiques dignes de ce nom.
Je me revois avec des petits cubes en plastique à la main (non, non, pas des Lego !) qu'il fallait assembler entre eux pour faire... je sais plus quoi !
Mais ça devait être chouette, hein, quand on comprenait ce qu'on faisait.
Une année, je pense que ça devait être en CM1 ou CM2, maman m'avait payé des cours de maths privés.
Une jeune femme venait à la maison m'aider à comprendre des histoires d'équations à une ou plusieurs inconnues.
Je ne crois pas que ça m'ait beaucoup aidé à me désembourber le cerveau ni à avoir de meilleures notes dans cette matière, mais au moins nous avions essayé !
Je me souviens d'un jour où elle s'est pointée.
J'étais entrain de regarder "La croisière s'amuse" elle m'avait laissé voir la fin de cette épisode au cours duquel se dénouait l'intrigue entamée durant l'épisode précédent.
En fin d'année, elle m'avait offert un cadeau : un objet jaune monté sur ressort dans lequel on posait un stylo à la verticale.
J'avais déjà le même dans ma chambre mais j'avais joué le parfait hypocrite en la remerciant chaleureusement, pour ne pas lui faire de la peine !
Je me souviens aussi de la visite médicale.
A la fête foraine, j'avais gagné un poisson rouge, que mémé avait mis dans un bocal.
Cette petite bête n'avait jamais été réellement baptisée.
Le docteur de l'école me pose tout un tas de questions et me demande si j'ai un animal à la maison.
Je réponds que j'ai un poisson rouge et il me demande son nom.
"Ca varie", réponds-je.
"Savary ?" me dit-il, "en voila un drôle de nom !"
Et le poisson rouge s'est appelé Savary !
On m'avait demandé aussi de faire un dessin.
J'avais dessiné une falaise avec un bonhomme qui grimpait grâce à une corde suspendue au bout d'un crochet (comme dans les films quand les gangsters s'évadent de prison)
La seule chose qui intéressait le psychologue était de savoir comment mon bonhomme avait réussi à lancer le crochet aussi haut.
Je n'avais pas la réponse à cette question...
Je m'étais fait un copain, Loïc.
Ses parents tenaient un magasin de jouets sur le boulevard qui longeait la Seine.
Il avait un petit frère, Yannick.
Ils avaient une nounou qui venait les chercher à la sortie de l'école, Madame Tomaso.
Je crois que je suis plus souvent allé chez eux que l'inverse...
Il fallait prendre l'ascenseur pour monter à l'appartement, sonner et attendre qu'on vienne m'ouvrir ; je me mettais bien en face du judas pour qu'il me voie !
Il nous faisait à goûter : un mélange de semoule et de chocolat ; c'était très bon.
Il avait un circuit électrique Scalextric mais ne savait pas l'installer ; c'est moi qui avais réussi à brancher les manettes pour que tout fonctionne correctement.
On jouait aux billes en faisant un parcours depuis sa chambre, en passant par la salle et retour par le couloir.
Il avait un train électrique, aussi, installé sur une planche avec des montagnes, maisons, etc... Il me semble qu'il était dans l'arrière-boutique du magasin.
Si ça se trouve, il n'était pas à lui mais servait de démonstration pour les clients !
J'avais fait la réflexion un jour que tout au long des années d'école primaire, nous étions copains une année sur deux et on se bouffait le nez les autres années !
Je ne sais plus si c'était vrai, ni pourquoi.
Une fois, nous devions aller au cinéma ensemble mais j'étais arrivé en retard et la salle était pleine.
Avec son petit frère, ils m'avaient raconté tout le film après la séance !
Au fil du temps, nos chemins ont bifurqué ; je continuais à venir chez lui le mercredi après-midi mais je jouais avec son frère tandis qu'il faisait ses devoirs avec application.
Je m'étais fait une copine, aussi, Véronique Vassal.
Elle devait être un peu plus âgée que moi, en tout cas elle me dépassait au moins d'une tête en hauteur !
Pendant un temps, elle venait à la maison, nous faisions nos devoirs ensemble.
Un soir, on chahutait et un lapin en peluche a traversé la salle pour atterrir sur l'antenne de la télé !
Maman n'avait pas été contente et je crois que Véronique n'est plus venue.
Elle avait une passion pour les peluches et nous étions entrés une fois dans un magasin de jouets pour regarder le rayon.
Un jour, nous étions entrés dans un bazar, rue de la Tour St André.
Il y avait un peu de tout, accessoires de vaisselle, bibelots et des disques.
Nous avions fouillé dans le bac ou trainaient des 45 tours et j'avais flashé un disque sur lequel figurait, entre autres, une chanson de Hugues Aufray : "moi et mon camion".
J'avais dû l'entrendre à la radio et la chanson m'était restée dans la tête.
Véronique m'avait acheté le disque et maman avait été contrariée ; à vrai dire, je ne me souviens plus de la raison exacte...
Véronique avait une autre passion : Julie Bataille.
Je crois bien qu'elle la connaissait et elle chantonnait souvent sa chanson fétiche : "Tu es la plus belle".
Nous nous sommes perdus de vue à la fin de l'école primaire...
Quand il faisait beau, mémé m'emmenait au square, qui était en fait le parc de la bibliothèque municipale.
Il y avait un bassin avec des cygnes, des allées de graviers et des pelouses où il ne fallait surtout pas aller.
Puis, il y avait aussi des manèges : un tourniquet et une cage en tubes qu'on pouvait escalader.
Un jour, j'avais glissé du tourniquet en route et je m'étais ouvert le genou ; aïe !
Il y avait aussi un bac à sable ; on y jouait aux billes, on y faisait rouler des camions.
Une rumeur courait entre les enfants : le gardien du parc avait enterré des jouets et si on creusait très profond dans le sable, on trouverait des camions, des chars d'assaut !
Je n'ai jamais creusé...
Il y avait un autre parc, derrière l'église St Ouen.
Celui-ci était plus grand, je faisais du vélo dans les allées.
Un jour, deux gardiens m'avaient dit qu'il était interdit de faire du vélo ! Ils m'avaient fait peur !
Pendant un temps, j'avais une nounou qui me gardait à la maison.
Je nous revois jouer à la marchande avec une petite caisse enregistreuse en plastique.
Elle m'avait emmené au parc, un après-midi, mais m'avait laissé seul pour se bécoter avec son petit copain !
Il y avait un bassin et j'y avais emmené un bateau pour le faire naviguer ; un voilier, il me semble, que je retenais avec une ficelle.
Un méchant garçon m'avait fait lacher la ficelle et mon voilier dérivait au milieu du bassin...
Le gardien était allé chercher des bottes en caoutchouc et avait obligé le garçon à les mettre pour aller récupérer mon bateau. Bien fait !
Chaque année, il y avait la fête foraine, d'abord sur la place Boulaingrin et le boulevard qui la jouxtait, puis sur les quais au bord de la Seine ; le Maire avait décrété que la circulation automobile était trop affectée durant tout un mois et avait déplacé la foire. A l'école primaire, on nous distribuait des tickets pour monter sur les manèges ; il me semble aussi qu'on avait droit à une journée offerte par le Maire, mais le souvenir est imprécis.
Au début, j'y allais accompagné (mémé le mercredi ou maman le week-end) puis ensuite j'y suis allé seul.
Je passais beaucoup de temps à regarder tourner les manèges, les auto-tamponneuses.
J'observais les gens qui tiraient à la carabine, qui jouaient à la loterie.
Je devais bien faire un tour de manège de temps en temps mais très peu, d'après le souvenir que j'en ai.
Je me souviens qu'un jour j'y étais allé avec Virginie et qu'on était entrés dans la maison fantôme.
Enfin, je ne sais plus le nom, mais il fallait se déplacer sur un tapis roulant, puis des rouleaux, puis un sol en mouvement, etc.
J'étais dans une période où je ne voulais pas porter les lunettes de vue qui m'étaient portant assez indispensables et la traversée de cet endroit fut pour moi problématique car des pièces étaient dans le noir et sans mes lunettes, en plus, je n'y voyais que dalle !
Un jour, encore, un type tirait à la carabine dans un stand où il fallait couper un filin qui retenait un cadeau (autoradio, télé, mini-chaine) ; si le filin cassait, on gagnait le cadeau.
Pour s'aider à viser juste, le mec avait le coude appuyé sur la boite d'une mini-chaine et le patron du stand le faisait remarquer à chaque personne qui passait dans l'allée "regardez, monsieur a déjà gagné une mini-chaine, venez tenter votre chance !"
Sauf que lorsque le gars en a eu marre de gaspiller son argent, il est reparti et n'a pas emporté la boite vide qui lui servait juste à s'appuyer !
Une fois, avec maman, nous nous étions laissés tenter par un stand alléchant "les liliputiens qui travaillent dans une usine" !
Il fallait bien qu'on entre pour se rendre compte qu'il s'agissait en fait d'automates !
L'ensemble faisait un peu "pauvre", elle n'en avait pas eu pour son argent.
C'était mémé qui m'emmenait à l'école et revenait me chercher.
Un matin, nous sommes partis tellement vite (et en retard ?) que je me suis rendu devant la porte de l'école que j'avais oublié mon cartable !
Je crois bien que je n'ai pas voulu rester seul à l'école et nous avons refait le parcours tous les deux !
Un jour, elle a fait une chute et s'est tordu la cheville ; elle ne pouvait plus m'accompagner.
C'était Chantal et Virginie qui étaient chargées de m'emmener.
Un jour, j'étais en retard pour partir à l'école.
Je suis allé jusqu'à l'hôtel, mais les deux filles étaient déjà parties, elles ne m'avaient pas attendu.
J'ai flairé la bonne affaire et je suis passé au loin, comptant bien rentrer à la maison.
Mais leur père devait me guéter et c'est lui m'a emmené. Grrrr...
Un jour, en août 76, nous sommes allés à la plage, à Deauville (ma chère !) dans leur 604 grise (ma chère, bis !)
J'entends encore la réflexion de Madame Cabot : "lache-là, ta mère, tu vas pas la perdre"
C'est vrai que ma main s'aggripait à sa jupe...
Le mercredi après-midi, je prenais des cours de danse, Place des Carmes.
Je crois que c'est Virginie qui avait commencé et qui avait besoin d'un cavalier.
On apprenait le rock, le tango, la valse, le twist.
C'était un peu guindé (mocassins et parquet en bois)
En fin d'année, il y avait un concours au Havre, puis à Paris.
On m'a raconté que j'avais fait de la peine à Virginie parce qu'au dernier moment, je ne voulais plus y aller ! Et elle qui avait acheté une robe exprès pour l'occasion !
Nous avons quand même participé et ramené une médaille.

Sur place, j'étais le seul à ne pas aller aux vestiaires.
Tous les autres enfants avaient leur costume de concours à part mais moi j'étais venu en tenue.
A l'entrée au collège, j'ai arrêté les cours parce que j'allais en classe le matin. Il fallait bien qu'il me reste un peu de temps pour faire mes devoirs... et jouer.
Maman avait aussi une collègue de travail, Odile, qui était mariée à Daniel ; ils avaient une fille, Stéphanie, qui devait avoir à peu près mon âge, puis, en 1976, un petit garçon, Aurélien.
Maman m'a raconté que là haut, dans le nord, on ne s'invite pas chez les gens "à la bonne franquette", comme on pouvait le faire dans le Midi.
Non, il fallait recevoir une invitation, ou en envoyer une.
De temps en temps, le dimanche, donc, nous étions invités chez Odile et Daniel, ou ceux-ci venaient à la maison.
Au début, ils habitaient un appartement à Déville les Rouen, puis ils avaient fait construire une maison à côté de Roumare, à Saint Pierre de Varengeville.
Il y avait une grande pelouse où on pouvait jouer au ballon et une balançoire, mais j'avais peur quand on me poussait trop fort !
On faisait aussi du vélo sur les petites routes.
Stéphanie m'avait appris a coincer un morceau de carton sur la roue avec une pince à linge ; quand on roulait, ça faisait du bruit !
On s'amusait de peu choses, à cette époque-là.
Une fois, Stéphanie est venue passer les vacances à la maison.
Nous devions avoir 7 ou 8 ans.
Au début, pour craner, j'avais dit qu'on prendrait notre bain ensemble ; le jour dit, je me suis dégonflé, mais pas elle !
Elle s'est déshabillée devant moi, dans la salle, avant de plonger dans la baignoire !
Plus tard, j'ai tenté de retrouver des souvenirs de cette scène mais je pense que j'avais rien vu, en fait, j'étais trop timide pour regarder !
Elle m'avait fait tourner en bourrique ; elle voulait jouer à mon circuit de voitures, mais le temps que je l'installe, elle n'avait plus envie. Grrr...
En 1973, après son service militaire dans les parachutistes, mon frère Claude est venu vivre avec nous.
Il m'énervait parce qu'il se levait tard pour aussitôt s'allonger sur le canapé !
Il prenait son rôle de chef de famille très au sérieux.
A l'heure dite, il tapotait sur sa montre pour me faire comprendre qu'il était l'heure d'aller au lit.
Le mardi soir, j'avais le droit de regarder le film à la télévision parce que je n'avais pas école le lendemain.
Il n'y avait que trois chaines mais il arrivait quand même que nous ne soyions pas d'accord sur le programme à regarder.
Chacun alors écrivait son choix sur un morceau de papier que nous mettions dans un chapeau ; l'un de nous tirait un papier au hasard, décidant du programme à regarder.
On me laissait aussi regarder la télévision le dimanche soir, lorsque la première chaine diffusait un film que je pouvais regarder.
J'ai ainsi découvert quelques films avec Louis de Funès.
Je me souviens du générique annonçant le début du film et avant que TF1 ne le remplace quelques années plus tard, ça me faisait un drôle d'effet de l'entendre à nouveau.
Quelquefois, lorsque je regarde un film de cette époque-là, il me revient encore ce sentiment étrange lorsque apparait la séquence finale.
Ce sentiment que le week-end et le dimanche sont terminés, qu'il faut aller se coucher et que demain il va falloir aller à l'école et que je n'aime pas ça.
Ce sentiment que tout est passé trop vite et que je n'ai pas eu le temps d'en profiter.
Je n'aimais pas non plus les fins de dimanche après-midi, lorsqu'arrivait 16h30 ou 17h00, que le soir commençait à arriver et que tout allait se précipiter : le bain, le repas, puis le coucher, puis l'école.
Le dimanche, on regardait Jacques Martin (Le petit rapporteur, L'école des fans) puis maman faisait des crèpes, ou sortait les petits gâteaux achetés le matin à la patisserie.
Avec maman, nous allions à la Forêt Verte.
Elle mettait mon vélo pliant dans le coffre de la voiture et j'allais pédaler entre les arbres.
Plus tard, quand j'ai eu mon skate-board, nous allions jusqu'à un centre commercial, fermé le dimanche, et je faisais rouler ma planche dans les allées bétonnées.

Je faisais aussi du vélo.
Maman m'avait acheté un vélo pliant à Manufrance, un magasin au bout de la rue du Gros Horloge, à l'angle de la rue Thiers.
Quand on est sortis du magasin, je tenais mon vélo à la main, j'avais peur de monter dessus !
Il m'est arrivé de rouler avec dans les rues de Rouen, le dimanche matin, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de circulation automobile.
Un jour, mémé m'avait emmené faire du vélo Place de la Calende, à côté de la cathédrale.
Je pédalais sur mon petit vélo blanc et un autre gamin a croisé ma route alors que je ne m'y attendais pas et plaf ! Ce fut le choc !
Plus de peur que mal, heureusement !
En 1977, mon père exprime le désir de me prendre pour les vacances d'été.
C'est mon frère Claude, qui était retourné à Berre, qui devait s'occuper de moi pendant tout le mois de juillet.
J'ai en tête le souvenir atroce de ces derniers instants à la maison quand on a sonné à la porte.
Je savais que j'allais devoir partir, j'étais en larmes, je suppliais maman de ne pas ouvrir mais comment pouvait-elle faire ?
"IL" était en bas, il attendait, il me voulait et si elle n'accédait pas à sa volonté, qu'allait-il faire ?
Il allait sûrement monter, s'énerver, camper en bas de l'immeuble, leur mener la vie dure, il vallait autant qu'il s'en aille le plus vite possible.
Mes frères sont venus me chercher, nous avons retrouvé mon père dans la rue et je les revois, tous les trois, avec leurs sabots aux pieds !
Nous sommes partis dans la R16 blanche de Claude et durant tout le trajet, j'imaginais quel serait le moment le plus propice pour moi d'ouvrir la portière et de partir en courant pour leur échaper.
Nous avons dormi à Clamecy, chez mon grand-père paternel, Léon, sourd comme un pot.
Au matin, en larmes, je dis à mon père que je veux rentrer.
Mais mon frère Frédéric avait un travail où on l'attendait lundi et on ne pouvait pas rebrousser chemin.
On allait donc continuer le voyage et si ça se passait mal, mon père m'avait promis de me ramener ; j'allais mieux.
J'ai donc passé le premier mois avec mon frère, qui logeait au Café de la gare, tenu par Suzanne.
Il faudra que je reparle de Suzanne.
Le premier souvenir qui me vient de l'Hôtel de la gare, c'est la penderie en plastique à côté de laquelle était installé mon lit.
Vous savez, ces penderies transportables faites d'une structure en fer habillées d'une toile rigide, un peu comme un rideau de douche.
Je voyais des monstres, sur cette toile !
Je me souviens aussi du lavado, dont le pied était cassé ; des valises empilées l'aidaient à rester à peu près à l'horizontale.
Je me souviens de la télévision, dont on changeait les chaines avec un bouton rond.
Je ne sais plus à quel moment c'est parti en live.
Enfin, pour ma mère.
Pour moi, tout allait mieux.
Je ne pleurais plus, je ne réclamais plus mon feuilleton que je ne ratais sous aucun prétexte lorsque j'étais à Rouen et puis, bonheur suprème, je m'étais découvert un père conducteur de camions !
C'est ainsi donc qu'au lieu de rejoindre ma mère pour les vacances à la campagne, j'ai passé le moins d'aout avec mon père, dans son camion.
Ah, il était le loin ce jour maudit où je chialais tout ce que je pouvais pour ne pas partir !
Maintenant, je ne voulais plus rentrer !
La bonne blague !
Là-bas, on mangeait quand on voulait, on n'était pas obligé de se laver ;)), la belle vie, quoi !
Aussi, l'année d'après, ma mère a serré la vis.
Pan ! Colonies de vacances !
A Gavarnie (le cirque)
Sur le papier, le deal était jouable, je partais avec le fils d'une collègue de travail, une sorte de chaperon, j'étais en confiance.
Sauf qu'arrivés sur place, le maton, heu, non, le moniteur a fait l'appel et le petit Laurent est parti dans sa chambre avec son copain et moi, je me suis retrouvé tout seul, comme un con, avec ma valise !
Je m'étais fait rouler !
Je me voyais déjà empoigner la valoche et repartir à pieds, les yeux embués de larmes !
Mais le moniteur a appelé mon nom, on m'a mis dans une chambre et j'ai subi.
A moi les joies de la vie en communauté, avec un voisin de lit qui me mordait le bras, à moi les joies des petits-déjeuners à base de semoule (beurk !) et à moi les joies des balades à pieds ; c'est bien les balades à pieds, mais tous les jours, c'est chiant.
On nous a même emmenés camper.
Je ne me souviens plus le nom de mon voisin, mais je sais que j'ai eu son genou coincé dans le dos toute la nuit !
Et les rivières !
Y avait plein de rivières, là-bas, et jamais de pont !
Et moi, j'avais peur de traverser la rivière en sautant de caillou en caillou !
Et au plus j'avais peur, au plus je tombais à l'eau.
Une seule fois, quand même, n'exagérons rien.
On nous emmenait aux douches (j'en avais besoin, je vous raconterait peut-être plus tard) qui n'étaient pas mixtes mais en fait une seule entrée permettait d'accéder aux douches des garçons à gauche et aux douches des filles à droite.
Ce jour-là, j'avais flashé sur une petite mignonne de l'autre côté du couloir. Je me souviens qu'elle avait un bras dans le plâtre.
Peut-être que si j'étais allé lui parler...
En tout cas, certaines ont vu mon kiki !
Pris d'un coup de folie, je m'étais mis à danser à poil après la douche pendant que les filles sortaient des leurs !
Pourtant, je n'avais rien fumé, je le jure. Peut-être avait-on mis un truc dans ma semoule ?
Un jour, on nous annonce qu'on va jouer aux 24 heures du Mans.
Et moi, naïf comme le poussin qui sort de sa coquille, je m'imaginais déjà qu'on allait nous mettre dans des voitures !
Pfff, tu parles, on a poussé pneus tout l'après-midi ;(
Et le spectacle de fin d'année ?
C'est bien ça, le spectacle de fin d'année.
J'aurais pu faire mes premiers pas sur une scène, devant un public !
Et bien non, j'étais un des dix couillons qui jouaient le rôle du dragon, planqués sous une toile.
Et le repas de fin de colo ?
Bien, le repas.
Et bien non, il manquait une chaise et devinez qui a dû partager un tabouret avec un autre malheureux ?
Et bien oui. Il fallait que ça tombe sur moi.
L'année d'après (ou la même ?), colo à nouveau, au ski, cette fois, toujours avec Laurent Fleury.
Mais qu'avais-je donc pu faire de si terrible ?
Je me revois sur le quai de la gare, attendant le train pour la Suisse avec le reste du groupe et je me suis fait cette réflexion : "comment se fait-il qu'ils soient heureux de partir ?"
Moi qui était à deux doigts de pleurer...
Une fois sur place, il a bien fallu faire du ski ; pour les pâtés de sable, c'était rapé.
Le pire, c'était le tire-fesses.
On m'avait tellement dit qu'il fallait garder ses skis parallèles que j'en étais crispé et que je ne finissais par tomber !
Il ne faut rien me dire, à moi, il vaut me laisser faire !
Un jour, le moniteur pose la question qu'il a dû regretter toute sa vie "est-ce qu'il y en a qui sont fatigués, qui veulent arrêter ?"
Un seul a levé la main, oui, un seul, moi.
Il y a des questions à ne jamais me poser !
Le retour a été mieux (forcément, quand on rentre, ça va mieux)
On a passé la nuit assis sur la couchette à se raconter des histoires, c'était génial !
Tout ça parce que je n'ai pas raconté l'aller.
J'avais une couchette (heureusement) mais à chaque fois que le train ralentissait, j'avais l'impression que j'allais tomber du couchage !
Il fallait prendre le bain, aussi, de temps en temps.
Ce soir-là, j'ai tout fait pour me faire oublier mais les monos avaient l'oeil.
Et hop, dans la baignoire !
Et l'autre qui a failli me noyer en me lavant les cheveux ;(
On allait à la piscine, aussi.
J'aurais bien voulu montrer que je savais nager, mais j'avais oublié mes lunettes de piscine à la maison et le chlore me faisait mal aux yeux.
Oui, je savais à peu près nager parce que j'avais pris des cours.
Le mercredi matin, j'allais à la piscine municipale et une dame m'apprenait à nager.
L'eau n'a jamais été mon élément, et ça s'est avéré tellement vrai qu'un matin, j'ai séché le cours.
J'ai préféré perdre mon temps dans les magasins !
A mon retour, mémé était étonnée que mes cheveux soient secs mais je ne me suis pas démonté : "aujourd'hui, on a appris à nager sans mettre la tête sous l'eau". Quel culot !
Je portais déjà des lunettes de vue, à cette époque.
Dans la chambre, composée de lits superposés, je m'étais retrouvé dans le lit du haut.
Avant de monter, je me mettais en pyjama et je posais mes lunettes sur la table au pied du lit.
Forcément, une fois que j'étais en haut, ceux du bas jouaient avec mes lunettes.
Le jeu terminé, je finissais par récupérer mes montures et c'est là que moniteur entrait et que j'avais droit à une réflexion parce que je n'avais pas laissé mes lunettes sur la table au pied du lit.
Humf ;(